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La rentrée scolaire
Par Daniel Lambert, psychologue
 
Aider nos enfants pour la rentrée scolaire

Un des éléments essentiel pour mieux aider les enfants pour la rentrée scolaire est de se rappeler ce qu'implique "aller à l'école":

  • Respecter certaines règles de conduite : lever la main pour parler, rester assis, écouter l'enseignant(e), se placer en rang, etc.. Certains enfants ne sont pas habitués à suivre des règles. Lorsqu'on leur en impose, ils peuvent y réagir négativement et prendre plus de temps que d'autres pour s'y adapter. Certains enfants ont plus besoin de bouger que d'autres, rester assis risquera d'être plus difficile pour eux… D'autres encore ont l'habitude d'être le centre de l'attention de tous. Certains pourraient trouver difficile de partager l'attention de l'enseignant(e) avec plus d'une vingtaine d'enfants. 
    • Subir des évaluations presque quotidiennement : Certains ont plus de facilité et réussissent mieux que d'autres, certains ont davantage de support des parents. Il est rarement facile de constater que d'autres réussissent mieux que nous, de réaliser que nous ne sommes pas toujours les "meilleurs". 
    Une façon de se protéger contre les comparaisons qui ne nous avantagent pas est de se convaincre que ce n'est pas important. Avoir de la difficulté à réussir quelque chose qui n'est pas important est beaucoup moins souffrant que d'échouer quelque chose qui nous tient à cœur. Et si l'école commence à moins me tenir à cœur, quelles sont les chances que je m'y investisse à fond? Et si je ne m'y investi qu'à moitié, quelles sont mes chances de bien réussir? Voilà le cercle vicieux dans lequel il faut éviter de tomber. 
    • Au niveau social : Certains enfants sont rejetés des autres, ont peu ou pas d'amis, certains autres sont victimes de taquineries, de menaces, de violence.
    Bref, pour mieux aider les enfants il est bon de se rappeler que l'école c'est une journée de travail et que les difficultés des enfants ne sont pas nécessairement moins importantes ou plus faciles à résoudre que nos difficultés d'adultes. Rappelons-nous que nous sommes supposés avoir plus d'expérience qu'eux, plus de ressources.

    La première journée d'école c'est un peu comme une première journée dans un premier travail important…

    J'ai l'impression que mon enfant n'apprend pas assez vite…   Première chose à vérifier : Nos attentes sont-elles réalistes?

    Des attentes trop élevées envers l'enfant pourraient faire en sorte que ce dernier n'est que très rarement capable de nous satisfaire, situation qui peut rapidement devenir décourageante. L'enfant pourrait en venir à se dire : "À quoi bon faire des efforts, ce n'est jamais assez de toute façon…"

    Trop peu d'attentes envers l'enfant, n'est pas mieux. L'enfant qui sent que ses parents n'attendent pas grand chose de lui pourra croire que ses parents ne s'intéressent pas à lui, ou ne s'intéressent pas à ce qu'il fait (aller à l'école). Peu importe, le résultat n'est pas attirant. Si je pense que mes parents ne s'intéressent pas à moi, que je fais des efforts pour leur faire plaisir et qu'ils semblent ne pas si intéresser, à quoi bon continuer mes efforts? Et si je crois que mes parents ne s'intéressent pas à l'école, comment pourrais-je être moi-même convaincu que l'école est intéressante?

    Nous, parents, pouvons vérifier le réalisme de nos attentes avec les enseignant(e)s qui savent mieux que nous, c'est leur métier, ce qu'un enfant de tel ou tel âge devrait être en mesure d'accomplir.

    Par ailleurs, la prudence est de mise car certaines études soulignent des lacunes au niveau du système scolaire. Entres autres, citons Janine Flessas du Centre d'évaluation neuropsychologique de Montréal qui affirme :

     
    "... apprendre nécessite de la part du sujet comme de la part de l'enseignant, de mettre en place un projet de percevoir, de mémoriser et de comprendre chacune des informations nouvellement présentées. Pour être efficace, ce projet devra tenir compte à la fois du style cognitif privilégié par l'apprenant tout autant que celui de l'enseignant".
     
    Je devrais donc comme enseignant, connaître le style d'apprentissage de chacun de mes étudiants et être habileté à transmettre de l'information adaptée au style de chacun... Ce serait probablement idéal. Mais dans un contexte où le nombres d'étudiants par classe est de plus en plus élevé, est-ce réaliste?

    Toujours en parlant d'attentes, j'ai une dernière question : Est-ce bénéfique d'inculquer aux enfants qu'être bon à l'école signifie être bon en français et en mathématique? Que faisons-nous des enfants qui auraient des intérêts et habiletés autres? Ne croyons-nous pas comme parents et comme société que les humoristes, les artistes, comédiens, chanteurs, soudeurs, mécaniciens, etc. sont des gens qui réussissent? Si je pose cette question c'est parce que l'étude de Raymond Leblanc (Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa) traitant de difficulté d'apprentissage, approfondit le concept d'intelligence multiples...

     
    "...deux formes d'intelligence sont plus fréquemment jugées comme dominantes (chez les élèves en difficulté), et notamment les intelligences visuo-spatiales et corporelle-kinesthésique alors que deux autres sont considérées comme plus faibles, à savoir les intelligences linguistiques et logico-mathématiques. À l'évidence, ce profil n'est pas heureux pour les élèves dans un contexte scolaire classique."
     
     
    Caractéristiques des élèves en difficulté d'apprentissage
    • Cherchent à établir des liens concrets, toucher, sentir, etc. 
    • Forte orientation dans le présent. 
    • En informatique, ces étudiants peuvent réussir aussi bien que les autres. 
    • Aptitude pour la musique et pour l'humour.


    Ne croyez-vous pas que plusieurs enfants bénéficieraient que l'on mise sur leurs forces plutôt que de s'acharner sur leurs faiblesses? 

    Avec un enfant qui réussit bien en français et en mathématique, jamais nous penserions à lui imposer de vivre échecs par dessus échecs parce qu'il aurait de la difficulté en art plastique ou en musique. Si nous le faisions, peut-être l'enfant en viendrait-il à détester l'école, malgré ses forces (que nous négligerions, comme nous le faisons pour ceux qui éprouvent de la difficulté en français mais qui excellent en dessin).

    J'entends presque les désaccords : c'est plus important le français que le dessin, c'est pas le dessin qui lui fera gagner sa vie!

    Je ne suggère pas d'abandonner le français, mais plutôt de faire vivre des succès à l'enfant, de suivre un peu plus ses forces, il en aura besoin pour persévérer dans ses faiblesses.

    Toute la colonie artistique nous fait vibrer intensément. Nous payons pour qu'ils nous fassent rire, pour qu'ils chantent pour nous, qu'ils nous énergisent, nous émeuvent, etc. Chaque fois qu'ils montent sur scène, qu'ils peignent un tableau, ils rendent heureux (du moins pour quelques instants) leurs admirateurs. Je crois que nous pouvons également appeler ça réussir...

     
    Pour que les devoirs ne se changent pas en conflits.

    Qui n'a pas remarqué que les enfants de 0 à 4-5 ans, semblent naturellement curieux et désireux d'apprendre?

    • Dès qu'ils peuvent se déplacer, ils fouillent partout, touchent à tout, veulent tout voir, découvrir. 
    • Dès qu'ils commencent à poser des questions, ils questionnent tout sur tout, ils veulent savoir, connaître, apprendre.
    J'ai une question… Que faisons-nous, ou qu'omettons-nous de faire comme parents et comme enseignant(e)s pour faire en sorte que certains enfants apprennent à ne plus aimer découvrir, connaître?

    Vivre des échecs répétitifs n'est plaisant pour personne et la tentation est forte de s'en protéger lorsque ça se produit. Vivre la frustration répétée de son entourage vis-à-vis nos difficultés n'est guère mieux. Là aussi la tentation de se protéger est forte. Et comment l'enfant peut-il se protéger? 

    Je le répète parce que je considère que c'est important : 

    Une façon de se protéger contre les échecs est de se convaincre que ce n'est pas important. Avoir de la difficulté à réussir quelque chose qui n'est pas important est beaucoup moins souffrant que d'échouer quelque chose qui nous tient à cœur. Et si l'école commence à moins me tenir à cœur, quelles sont les chances que je m'y investisse à fond? Et si je ne m'y investi qu'à moitié, quelles sont mes chances de bien réussir? Voilà le cercle vicieux dans lequel il faut éviter de tomber. 

    La moindre des choses pour tenter de rendre les devoirs intéressants serait d'aborder cette période avec une attitude positive. Les enfants adorent jouer et apprennent beaucoup en jouant, en riant.

    Pour mettre un peu de rire dans la période de devoirs :

    • Réserver un endroit et un temps pour les devoirs. 
    • S'impliquer dans l'école de façon à mieux pouvoir expliquer les devoirs aux enfants (le système scolaire et les méthodes d'enseignement changent tellement qu'il est facile de ne plus s'y retrouver...). 
    • Demandons des trucs aux enseignant(e)s. 
    • Se rappeler que ce qui nous paraît facile maintenant ne l'était pas nécessairement lorsque nous étions enfants. Se rappeler également que même si c'était facile pour nous lorsque nous étions enfants, il n'est pas automatique que ce soit pareil pour nos enfants. 
    • N'oublions jamais les miracles que nous avons accomplis avec nos enfants de 0-3 ans seulement en les félicitant. Ils ont appris à marcher, à parler, etc.. Quel parent aurait l'idée de crier après un enfant qui commence à marcher et trébuche? Pourquoi alors croyons-nous que de s'impatienter contre un enfant qui n'apprend pas assez vite à nos yeux aura comme effet de l'encourager à s'améliorer?
     
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    © 2004 Daniel Lambert, psychologue. Tous droits réservés.