Communiquer...
pour vrai!
Par
Daniel Lambert, psychologue
Qui n’a jamais désiré
être vraiment écouté, pouvoir dire ce
qu’il pense vraiment ?
Mettons à jour certains
pièges dans lesquels il est beaucoup trop facile de tomber, pièges
qui expliquent pourquoi, trop souvent, nous portons des masques et ne communiquons
pas vraiment.
Le premier piège
: Se sentir obligé d’être sans faille et aimés de tous.
Avez-vous déjà remarqué
notre difficulté à accepter une critique ? Pourtant, rationnellement,
nous savons tous que personne n’est parfait, que nous avons tous des choses
à améliorer... Pourquoi alors sentons-nous si souvent le
besoin de nous justifier ? Pourquoi avons-nous si souvent tendance à
contre-attaquer quiconque nous critique, à le ridiculiser, à
feindre de l’ignorer, à le fuir, etc. ?
Je crois qu’une partie de la réponse
réside dans la philosophie, plutôt l’illusion, qui devient
de plus en plus la norme dans notre société : la SURperformance.
Nous devons être au-dessus de tout. Nous n’avons
pas droit à l’erreur. Voilà ce qu’on nous vend jours
après jours : qu’il n’y a pas de problème, seulement des
solutions, que si l’on veut, on peut. Alors, lorsque nous nous retrouvons
devant un problème et que la solution tarde à se faire connaître,
nous concluons fréquemment que nous devons être le
problème. Refusant cette conclusion, nous nous défendons,
cherchons un coupable, etc..
Pourtant, nous savons tous que la vie
n’est pas si facile, que les solutions ne sont pas toujours si évidentes,
ni aisées à appliquer. Je crois que plusieurs décisions
que nous devons prendre sont difficiles, que nous avons souvent l’impression
de manquer d’information, mais de devoir agir tout de même et de
composer avec l’incertitude, l’inconnu. Je crois que si l’on veut c’est
mieux, mais pas automatiquement un gage de réussite. Nous pouvons
faire beaucoup, et beaucoup plus si nous y croyons, mais nous ne sommes
pas des dieux...
Paradoxalement, en achetant l’illusion
de SURperformance, nous risquons de nous engager sur le chemin même
que nous voulions éviter : l’échec ! Le surplus de stress
que peut occasionner cet idéal de perfection inaccessible, nous
épuise et entraîne la perte graduelle de nos moyens.
Malgré cela, notre désir
d’être parfaits et aimés de tous est puissant. Il pousse plusieurs
d’entre nous à se cacher derrière un masque. Voilà
donc le deuxième piège majeur.
La peur de
se montrer tel que l’on est.
Sommes-nous si répugnants que
nous devons nous résigner à jouer, et ce pour le reste de
notre vie, un personnage que nous ne sommes pas ?
Est-ce que ce personnage est au moins
vraiment
idéal? Nous permet-il au moins d’être vraiment aimés
de tous? Connaissez-vous quelqu’un qui ait vraiment réussi à
être apprécié de tous ? Alors pourquoi ne pas
essayer d’être soi même ? Pourquoi tant de gens pensent que
l’on devrait les apprécier pour ce qu’ils sont alors qu’eux-mêmes
ne s’apprécient pas assez pour se montrer tel qu’ils sont, sans
façade, sans artifice, sans masque ?
Tout le monde veut que tout le monde
l’aime mais personne n’aime tout le monde chante Luc DeLarochelière.
Et la bêtise de l’illusion de SURperformance que nous partageons
collectivement ne s’arrête pas ici. Nous pouvons être certains
que celui qui porte un masque ne s’avouera pas vaincu sans se battre! Il
utilisera les mêmes armes que ceux qui attendent sa chute : la critique,
le sarcasme, les justifications bidons, la fuite, l’indifférence,
etc..
S’imposer un masque de perfection,
le défendre férocement contre toute attaque et ainsi semer
la discorde, la jalousie, le mépris, la haine, etc. alors que nous
avons revêtu ce même masque pour être aimés de
tous...
Pour vraiment communiquer et créer
ainsi des liens significatifs, ne devrions-nous pas inciter les gens à
avoir confiance en nous ?
Auriez-vous confiance en quelqu’un
qui se cache constamment derrière une façade et essaie de
toujours se montrer meilleur qu’il ne l’est en réalité, ou
préféreriez-vous l’honnêteté, la franchise ?
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