Protéger
nos enfants des abus sexuels
Par
Daniel Lambert, psychologue
Bien que vous puissiez être
un adulte responsable qui ne ferait jamais de mal aux enfants, ceux-ci,
en grandissant, côtoient de plus en plus de gens. Que ce soit
à la garderie, à l’école, dans le voisinage et même
dans la famille proche ou éloignée, les enfants croisent
différentes personnes et vous ne pouvez être toujours là
pour les guider.
La plupart des adultes que
les enfants continueront de croiser sont des personnes biens, qui elles
non plus, ne feraient jamais de mal à un enfant. Par ailleurs,
il ne suffit que d’un agresseur pour faire vivre aux enfants des expériences
qui pourraient les marquer profondément et voler leur enfance, nous
devons les éduquer face à ces agressions possibles afin qu’ils
puissent mieux en reconnaître les multiples aspects, et mieux s’en
protéger. |
| La
peur de bien des parents - éducatrices - enseignant(e)s
Bien des parents, éducatrices
ou enseignant(e)s craignent d’effrayer leurs enfants en leur parlant de
l’existence de gens qui pourraient vouloir les inciter à poser des
gestes avec lesquels ils ne sont pas confortables, des gestes que l’on
nomme « agressions sexuelles», et qui doivent cesser.
Pourtant, je ne connais aucun adulte qui, par peur d’effrayer les enfants
face aux automobiles, s’abstient de parler du danger de traverser la rue
sans regarder des deux côtés.
La majorité, pour
ne pas dire la totalité des adultes, ne se posent même pas
la question et répètent quotidiennement à l’enfant
de faire attention aux automobiles, de regarder attentivement avant de
traverser une rue, de ne pas courir, etc.. Tous considèrent
ces conseils essentiels à la sécurité des enfants,
et ils le sont effectivement.
Éduquer les enfants
face aux agressions sexuelles est tout aussi essentiel pour leur sécurité.
D'ailleurs, saviez-vous qu'au Québec, un enfant a 16 fois plus de
chance de se faire agresser sexuellement que de se faire heurter mortellement
ou gravement par un véhicule routier? C'est pourtant vrai!
Saviez-vous également
qu'au Québec, la moitié des femmes subissent une agression
sexuelle avant l'âge de 16 ans?
Saviez-vous que dans le cas
d'agression sexuelle sur des enfants, on estime que 9 fois sur 10, ce crime
n'est pas dénoncé à aucune autorité?
9 fois sur 10 les enfants souffrent sans que personne ne puisse intervenir,
parce que personne ne sait qu'il y a agression...
Quelques
pistes pour mieux protéger nos enfants
Pour
les parents :
Lorsque vous laissez vos
enfants sous la responsabilité d’un autre adulte ou adolescent(e),
lui précisez-vous avec insistance d’écouter tout ce que cette
personne va lui demander ?
Il est à
ce moment nécessaire d'enseigner à l’enfant la différence
entre un bon et un mauvais toucher et de bien lui dire que pour les mauvais,
il peut désobéir et en parler à un adulte de confiance.
Lorsque vous ou un autre
adulte de votre famille ou de vos amis proches désirent donner un
«bec» à votre enfant ou en recevoir un de lui et que
ce dernier ne veut pas, l’incitez-vous à se laisser faire et à
donner le fameux «bec»?
Bien qu’il puisse
être gênant de voir son enfant refuser de donner un bec, sachez
que de l’inciter contre son gré lui dit qu’il n’a pas le droit de
refuser l’affection des adultes : c’est dangereux! Dire à
l’enfant des choses comme «Tu ne m’aimes pas ? Si tu
m’aimes, c’est normal de se donner des becs.», c’est utiliser les
mêmes arguments qu’utilisent les abuseurs. Respectez le choix
de vos enfants d’exprimer leur affection à leur façon et
selon leurs désirs.
Prenez l’habitude de
remplacer le terme secret par celui de surprise dans votre vocabulaire
et de spécifier clairement que lorsque quelqu’un veut qu’on garde
un secret pour toujours, il s’agit chaque fois de quelque chose que l’on
doit s’empresser de dire à quelqu’un de confiance parce que ce soit
disant secret est mauvais. Au contraire, une surprise est quelque
chose que l’on garde pour soi dans le but précis de le dire bientôt
pour faire plaisir à quelqu’un.
Les agresseurs savent
que les enfants ont appris que c’était mal de divulguer un secret.
Ils utilisent souvent cette tactique pour faire en sorte que les enfants
ne parlent à personne de leur «petit secret».
Aucun agresseur ne dira à l’enfant de ne pas parler de ce qu’il
lui fait pour en faire la surprise à sa mère demain.
Ainsi, si l’enfant apprend qu’aucun secret ne doit rester secret, qu’il
n’y a que des surprises, il saura quoi faire face à cette tactique
de l’agresseur.
Avez-vous tendance à
principalement valoriser la capacité des filles à faire plaisir
aux autres et à encourager principalement le courage et la bravoure
chez les garçons ?
L’agresseur sait
que beaucoup de parents agissent ainsi et peut facilement dire aux garçons
: « Qu’est-ce qui ne va pas ? Es-tu peureux ? Reste avec moi
comme un homme! « Aux filles il pourra dire : «Ce n’est
pas gentil de dire non, ça me fait beaucoup de peine, moi je t’aime!
»
Pour
parents - éducatrices - enseignant(e)s :
Avez-vous tendance, lorsque
vous prévenez les enfants contre les dangers des abus, à
décrire les abuseurs en disant qu’ils sont malades et dangereux
?
La plupart des agresseurs
se font amis avec les enfants d’abord. Ils ne seront pas perçus
comme étant méchants et dangereux. Alors, les enfants
risquent de ne pas les percevoir comme des abuseurs, même lorsqu’ils
seront agressés par ce qu’ils auront appris qu’un agresseur
est une personne dangereuse.
Un
jeu éducatif pour prévenir les abus et les accidents
Psychologue et papa, la prévention
des abus sexuels envers les enfants me tien beaucoup à coeur.
J'ai d'ailleurs conçu un jeu éducatif de prévention
des accidents et abus envers les enfants. Ce jeu reçoit l'appui
de différents organismes importants, dont :
-
Le ministère de l'éducation,
-
Le conseil du statut de la femme,
-
La commission des droits de
la personne et de la jeunesse,
-
Espace Estrie (organisme communautaire
subventionné par la Régie régionale dont le mandat
spécifique est la prévention des abus sexuels envers les
enfants),
-
Le CAVAC (Centre d'aide aux
victimes d'actes criminels de l'Estrie),
-
La sûreté du Québec,
-
La police de Sherbrooke, etc.
Davantage
sur ce jeu
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